J’entendons ronfler l’canon,
Y g’na plus a s’en dédire :
On couronn’ Napoléon
Empereur de ce bel empire :
Ca nous promet pour l’avenir
Ben du bonheur et du plaisir.
Sur le décret du Sénat,
La Franc’ s’est ben prononcé :
C’est comm’ si l’conseil d’état
Avait d’viné not’ pensée,
Car d’puis quatr’ ans, dans not’ cœur,
Napoléon est l’empereur.
Je prenons la liberté
De v’nir, sans cérémonie,
Pour trinquer à sa santé
Sans oublier sa tendre amie,
Dont il doit etre ben jaloux,
Car tout l’monde l’aime autant que nous.
Mais s’il faut nous en taper,
A l’av’ant qu’il est grand homme,
Je n’trouv’ons pas d’quoi lamper,
Car y gn’a pas assez d’rogomme
Dans la Franc’ ni dans l’pays
Que sa valeur nous a conquis.
J’vois qu’nous cherchons vainement
Sur c.front qu’la gloire environne,
Un petit coin seulement
Pour y placer la couronne.
Les lauriers, du haut en bas,
Le lui couvrent : quel embarras!
Cet habit et ce manteau,
Parguenn’! lui vont a merveille;
Mais c’qu’est encor ben plus beau,
C’est qu’chacun a dit à l’oreille
Voyant c’front victorieux :
D’honneur, il était fait pour eux!
Qu’ils viennent, ces engueuseux,
Dir’ qui gn’a pas d’Providence ;
Après l’état malheureux
Dont il a su tirer la France,
J’répondrons : R’gardez l’emp’reur,
Ils s’ront forcés d’croire au sauveur.
Avec nos petits enfants,
Puissions-nous de c’t’onz Frimaire
Célébrer, dans cinquante ans,
Le glorieux anniversaire :
Et chanter a l’unisson :
Vive le Grand Napoléon!