L'Hyménée

Il pleut, il pleut, bergère,
Presse tes blancs moutons,
Allons sous ma chaumière,
Bergère, vite, allons ;
J'entends sur le feuillage,
L'eau qui tombe à grand bruit :
Voici, voici l'orage ;
Voilà l'éclair qui luit.

Entends-tu le tonnerre ?
Il roule en approchant ;
Prends un abri, bergère,
À ma droite, en marchant.
Je vois notre cabane...
Et, tiens, voici venir
Ma mère et ma sœur Anne,
Qui vont l'étable ouvrir.

Bonsoir, bonsoir, ma mère ;
Ma sœur Anne, bonsoir ;
J'amène ma bergère
Près de vous pour ce soir.
Va te sécher, ma mie,
Auprès de nos tisons.
Sœur, fais-lui compagnie.
Entrez, petits moutons.

Soignons bien, ô ma mère,
Son tant joli troupeau ;
Donnez plus de litière
A son petit agneau.
C'est fait. Allons près d'elle.
Eh bien ! Donc te voilà !
En corset qu'elle est belle !
Ma mère voyez-la.

Soupons, prends cette chaise,
Tu seras près de moi ;
Ce flambeau de mélèze
Brûlera devant toi ;
Goûte de ce laitage ;
Mais tu ne mange pas ?
Tu te sens de l'orage.
Il a lassé tes pas.

Eh bien ! Voilà ta couche
Dors-y jusques au jour ;
Laisse-moi sur ta bouche
Prendre un baiser d'amour.
Ne rougis pas, bergère,
Ma mère et moi, demain,
Nous irons chez ton père
Lui demander ta main.
me régiment d'infanterie de ligne
3

                                                        1780 : Fabre D'Églantine,
                                                 Musique : Victor Simon (violoniste)

L’Hyménée est le produit d’une pièce de théâtre, Laure et Pétrarque, écrit par D’Églantine lors d’un séjour à Maastricht en 1780. L’hyménée a connu au travers des années, plusieurs autres noms, tel L’orage et Le retour aux champs. Elle deviendra célèbre en adoptant pour titre les paroles de son premier vers « Il pleut, il pleut, bergère ».

D’Églantine qui s’investi dans la politique aux débuts de la révolution fini ses jours sur l’échafaud. Il fut guillotiné, le 17 germinal de l’an II avec son ami Danton.
La légende veut que durant leur transport en charrette vers la guillotine, D'Églantine se soit lamenté de ne pas avoir été en mesure de terminer un poème. Danton, lui aurais dit : «Ne t’inquiète donc pas, dans une semaine, des vers, tu en auras fait des milliers».
Une autre version des faits nous suggère que l'auteur ait fredonné l’Hyménée en se rendant à son exécution.